Dans ma vie quotidienne, j’aspire à un monde meilleur : une société différente, un monde de paix, un monde où chacun peut être qui il veut être, ... Bref, c’est un peu cliché mais pour une fois être un peu comme tout le monde me va bien.
Les endroits où il est possible d’agir sont assez limités : je me retrouve vite face à d’immenses machines qui structurent notre monde et qui n’ont, à priori, aucune raison de changer leur façon d’être. Je me dis qu’à défaut de changer le monde, je peux au moins changer mon quotidien et mon entourage proche. “Fait ma part”, comme l’histoire avec le Colibri. Encore un truc à la mode auquel j’adhère, décidément.
Alors je me suis embarqué dans des aventures associatives. Au moins là-bas on peut créer ce qu’on veut, je suis avec des gens qui partagent mes idéaux et on ne me prend pas la tête avec les retombées business sur 5 ans de mon plan d’actions. Ca fait du bien de l’écrire.
Bien sûr, tout ça c’est bénévole. De toute manière, l’argent ça corrompt, alors ça me préserve de toute tentation de dévier de mes intentions initiales.
Et puis, si je crois à mon projet, c’est normal que je donne un peu de ma personne, même si ça me coûte un peu. Je peux bien rogner une peu sur mon confort pour sauver les autres du malheur.
J’ai consacré 21 ans de ma vie au monde associatif en y consacrant parfois jusqu’à 20h/semaine en plus de ma vie professionnelle et familiale.
J’ai commencé en créant une association de jeux en réseau avec quelques copains. Au début je le faisais parce que j’avais envie de jouer et rapidement, j’ai compris que ce qui m’amusait le plus c’était finalement de créer ces moments pour les autres et de le vivre avec eux. Du plaisir de jouer sur mon ordinateur, j’étais passé au plaisir de jouer tous ensemble. Imagine : 2 jours enfermés dans un lieu avec des rangées d’ordinateurs et de jeunes lobotomisés par leur écran qui crient de temps à autre quand ils perdent une partie. Vu de l’extérieur, ça pouvait interroger... mais de l’intérieur, j’y ai vécu une richesse de moments partagés, j’y ai noué de belles relations dont certaines perdurent encore aujourd’hui. On a vécu un rêve ensemble.
Et puis, le rêve s’est arrêté d’un coup : plus de salle pour nous accueillir, les uns et les autres qui déménageaient pour faire leurs études, ... L’expérience était terminée mais elle m’avait changé à tout jamais.
J’ai vécu beaucoup d’autres expériences ensuite dans d’autres associations existantes où j’y ai vécu des projets tous aussi incroyables les uns que les autres. Toutes ces autres expériences avaient cette particularité d’avoir des objectifs explicites pour changer le monde et construire un monde meilleur en lien avec des causes sociétales.
En t’écrivant aujourd’hui, je me rends compte que cette association de jeu en réseau, pourtant anodine au regard de la société, m’offre un autre regard sur mes autres expériences associatives. Nous n’avions aucune ambition de changer le monde, de le rendre meilleur, on ne se posait pas beaucoup de questions sur l’avenir de l’association elle-même ni sur son impact. Nous avons simplement réalisé notre rêve ensemble.
Avec le recul, je me questionne aujourd’hui sur mes intentions quand je veux me changer, changer les autres ou changer le monde. Où est mon rêve là dedans ?